Articles
Analyse économique16 min

France 2027 — déficit commercial : qui doit porter le rééquilibrage ?

Par Max EyegheCofondateur & CEO d’INES

De la Charte de La Havane à l’euro : produire davantage en France et investir davantage dans les pays excédentaires.

Devant un port industriel, une balance en laiton oppose la France drapée du drapeau tricolore, sur le plateau gauche plus haut, à un globe terrestre plus lourd sur le plateau droit plus bas.

Les excédents des uns sont les déficits des autres

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la France devra répondre à une question décisive : comment retrouver la prospérité sans renoncer à la justice sociale, à l’indépendance économique et à la transition écologique ? Une partie de la réponse se joue dans un domaine rarement porté dans le débat public : les déséquilibres commerciaux et financiers entre les nations.

Prenons un exemple simple. Si la France achète pour 100 euros de marchandises chinoises et n’en vend que pour 60 euros à la Chine, elle enregistre un déficit commercial bilatéral de 40 euros.

La balance commerciale mesure la différence entre les exportations et les importations de marchandises. Un pays qui vend davantage de biens qu’il n’en achète dégage un excédent. Dans la situation inverse, il enregistre un déficit.

À l’échelle mondiale, le raisonnement se referme : tous les pays ne peuvent pas être excédentaires en même temps. Aux écarts statistiques près, les excédents des uns ont pour contrepartie les déficits des autres.

Au-delà de la balance commerciale

La balance commerciale ne couvre que les marchandises. La balance courante y ajoute les services, les revenus du travail et du capital ainsi que les transferts courants.

Un déficit commercial peut ainsi être compensé par des excédents réalisés dans les services, par les revenus reçus de l’étranger ou par des échanges favorables avec d’autres partenaires. Si la balance courante reste malgré tout déficitaire, l’économie reçoit un financement net du reste du monde. Dans la situation inverse, un pays excédentaire fournit un financement net à l’étranger.

Balance courante = Épargne nationale – Investissement intérieur

Un pays excédentaire épargne davantage qu’il n’investit sur son territoire. La différence lui permet d’acquérir des créances ou des actifs à l’étranger. Un pays déficitaire dépense ou investit au-delà de son épargne et reçoit en contrepartie des financements extérieurs.

Cette égalité est neutre. Un déficit peut financer des investissements productifs. Un excédent peut accompagner le vieillissement de la population ou répondre à une situation temporaire. Leur persistance change toutefois la nature du problème : les engagements extérieurs s’accumulent dans certaines économies, tandis que d’autres concentrent les créances. Les premières risquent alors de devoir comprimer leur activité pour continuer à se financer.

Les données de 2025 montrent l’ampleur des écarts :

Soldes des échanges de biens et balances courantes en 2025
Pays ou zoneSolde des échanges de biensBalance courante
Chine+1 023 Md$+735 Md$
États-Unis–1 241 Md$–1 120 Md$
Zone euro+362 Md€+276 Md€
↳ dont France–59 Md€–11,6 Md€
↳ dont Allemagne+184 Md€+203 Md€
↳ dont Pays-Bas+88 Md€+93 Md€

Données arrondies, établies selon les normes de la balance des paiements et susceptibles de révision. Les montants en dollars et en euros ne sont pas directement comparables.

Le déficit français de marchandises ne résume donc pas toute sa relation économique avec l’étranger. En 2025, la France a notamment dégagé près de 52 milliards d’euros d’excédent dans les services. Sa balance courante est ainsi restée proche de l’équilibre.

Année après année, ces flux, auxquels s’ajoutent les variations de valeur des actifs et des monnaies, modifient la position financière des pays. Fin 2025, la position extérieure nette de l’Allemagne atteignait environ 3 680 milliards d’euros, soit 82 % de son PIB. Celle de la France était négative d’environ 885 milliards, soit près de 30 % de son PIB.

Du privilège du dollar au projet de Keynes

Le dollar accorde aux États-Unis une latitude dont disposent peu de pays. Les banques centrales, les entreprises et les investisseurs recherchent des actifs libellés dans cette monnaie pour placer leurs réserves, régler leurs transactions et se protéger contre certains risques.

Cette primauté repose sur la taille de l’économie américaine, la profondeur de ses marchés financiers, l’abondance des titres disponibles et de puissants effets de réseau. La demande mondiale de dollars et de titres américains permet ainsi aux États-Unis de financer leurs déficits à des conditions plus favorables que la plupart des autres économies. La contrainte extérieure demeure, mais elle agit plus tardivement et avec moins de force.

Keynes avait identifié cette asymétrie avant même la conférence de Bretton Woods de 1944. Son projet associait une Union internationale de compensation à une unité de règlement appelée bancor.

Les pays déficitaires auraient dû corriger leurs comptes. Les économies accumulant des excédents excessifs auraient, elles aussi, été poussées à utiliser leurs créances, à investir ou à importer davantage. Keynes voulait éviter qu’un pays vende durablement plus qu’il n’achète, accumule des créances sur ses partenaires et les oblige à supporter seuls le coût du rééquilibrage.

Les États-Unis étaient alors la première puissance créancière. Ils choisirent un ordre monétaire centré sur le dollar et écartèrent le mécanisme symétrique proposé par Keynes.

La Charte de La Havane, adoptée en 1948, emprunta une autre voie. Elle associait le commerce international à des objectifs d’emploi, de développement et de stabilité économique.

En 1950, le gouvernement américain annonça qu’il ne demanderait plus sa ratification au Congrès. L’Organisation internationale du commerce prévue par la Charte ne vit jamais le jour. Le GATT, jusque-là appliqué à titre provisoire, devint le principal cadre des échanges internationaux. Il précéda l’Organisation mondiale du commerce, créée en 1995.

Le bancor et la Charte de La Havane relevaient de projets distincts. Ils partageaient une même conviction : la stabilité du commerce international exige un effort d’ajustement réparti entre pays déficitaires et pays excédentaires.

Le piège d’un ajustement à sens unique

Dans une union monétaire, un pays déficitaire ne peut plus restaurer sa compétitivité en laissant baisser sa monnaie. Il lui reste la « dévaluation interne » : les entreprises réduisent leurs prix, leurs marges ou leurs coûts ; les salaires, les embauches et les investissements ralentissent ; l’État peut également diminuer ses dépenses, au risque de freiner la consommation.

Cette stratégie peut restaurer une partie de la compétitivité-prix et réduire les importations. Menée trop rapidement, sans soutien de la demande dans les pays excédentaires, elle contracte cependant l’ensemble de l’économie.

La crise des dettes souveraines, entre 2010 et 2013, l’a montré. Dans plusieurs pays de la zone euro soumis à de fortes contraintes financières, la correction initiale des déficits courants est largement venue de l’effondrement de la demande intérieure et des importations. Les exportations ont ensuite davantage contribué au redressement. Le coût immédiat fut une profonde récession accompagnée d’un chômage élevé.

Les pays excédentaires disposent de leurs propres leviers. Une hausse de l’investissement, des salaires et de la consommation soutient leur demande intérieure. Une partie de cette demande se porte sur des importations et ouvre de nouveaux débouchés à leurs partenaires.

Le partage devient alors plus équilibré : les économies déficitaires reconstruisent leur offre productive pendant que les économies excédentaires mobilisent davantage leur demande intérieure.

Dans l’euro, les écarts passent par les coûts

L’absence de taux de change nationaux renforce cette asymétrie. Dans la zone euro, les divergences de compétitivité ne passent plus par les monnaies, mais par l’évolution relative des coûts de production et des prix.

Une hypothèse vient alors immédiatement à l’esprit : l’excédent allemand s’expliquerait par un avantage de prix accumulé depuis la création de l’euro. Les produits allemands seraient devenus relativement moins coûteux que ceux de leurs partenaires, favorisant les exportations et freinant les importations.

Le taux de change réel permet de tester cette hypothèse. Deux méthodes peuvent être utilisées : l’une repose sur les coûts salariaux unitaires, l’autre sur les prix à la consommation.

Le décrochage des coûts salariaux

Les coûts salariaux unitaires rapportent le coût du travail à la quantité produite. Ils restent stables lorsque les salaires progressent au même rythme que la productivité et augmentent lorsque les salaires avancent plus rapidement.

Ce mécanisme a favorisé l’Allemagne au début de l’euro. Entre 1999 et 2005, ses coûts salariaux unitaires ont progressé d’environ 0,4 % par an, contre 1,7 % en France. La France restait proche de la moyenne de la zone euro : l’écart venait surtout de la modération salariale allemande et de la progression de sa productivité industrielle.

Sur les indicateurs européens fixés à 100 au lancement de l’euro, le taux de change réel allemand fondé sur les coûts salariaux est descendu autour de 85 à 90 au milieu des années 2000, tandis que l’indicateur français restait légèrement supérieur à 100. L’indicateur allemand a ainsi reculé d’environ 10 à 15 % par rapport à son niveau de référence, signalant un important gain de compétitivité-coût vis-à-vis de ses partenaires.

L’Allemagne a donc bénéficié, au début de l’euro, d’une dépréciation réelle à l’intérieur de la monnaie commune. Avant l’euro, un tel avantage aurait pu provoquer une appréciation du mark et contribuer progressivement à le corriger.

Cet avantage de coûts a soutenu les exportations allemandes sans tout expliquer. La qualité des produits, la spécialisation dans les machines, la chimie et l’automobile ainsi que l’organisation industrielle ont également joué.

Des écarts d’inflation beaucoup plus limités

Le diagnostic change lorsqu’on observe les prix à la consommation. En prenant un niveau de prix égal à 100 en 1999, celui-ci atteignait environ 114 en Allemagne, 116,5 en France et 121 aux Pays-Bas en 2007. L’écart franco-allemand se limitait donc à 2,5 points, bien en deçà du mouvement observé sur les coûts salariaux.

Les deux indicateurs ne mesurent pas la même chose. Les coûts salariaux unitaires suivent le coût du travail incorporé dans la production. L’inflation porte sur un panier consommé par les ménages, qui comprend aussi des services, des produits importés, des taxes et d’autres coûts.

Le cas des Pays-Bas confirme l’absence de relation mécanique entre inflation et excédent extérieur. Entre 1999 et 2007, les prix néerlandais ont augmenté de 4,5 points de plus que les prix français. Le pays a pourtant conservé un important excédent courant. Une inflation plus élevée ne suffit donc pas à résorber un excédent.

De la compétitivité au sous-investissement

Les coûts salariaux permettent d’expliquer une partie de la formation de l’excédent allemand au début de l’euro. Ils rendent moins bien compte de sa persistance actuelle.

L’écart salarial allemand s’est partiellement résorbé depuis le milieu des années 2010. En 2023, la rémunération par salarié a augmenté de 5,8 % tandis que la productivité reculait de 0,7 %. Les coûts salariaux unitaires ont ainsi progressé de 6,9 %. L’excédent a pourtant persisté. Son maintien renvoie désormais davantage à la faiblesse de l’investissement et de la demande intérieure.

Aux Pays-Bas, l’excédent provient surtout d’une épargne élevée des entreprises qui ne se transforme pas suffisamment en investissements intérieurs. Les contraintes liées au réseau électrique, au logement et aux capacités de production freinent notamment ces investissements.

Provoquer davantage d’inflation dans les pays excédentaires ne constituerait donc pas une politique suffisante. Les salaires peuvent progresser avec la productivité et l’objectif commun d’inflation, tandis que l’investissement public et privé soutient la demande et modernise les capacités de production.

Une partie de cette demande supplémentaire se porterait sur des importations et ouvrirait de nouveaux débouchés aux autres économies européennes.

Une surveillance européenne sans véritable correction

Depuis le « six-pack » adopté en 2011, l’Union européenne dispose d’une procédure de surveillance des déséquilibres macroéconomiques.

Son tableau de bord retient deux signaux d’alerte pour la balance courante : un déficit inférieur à –4 % du PIB ou un excédent supérieur à 6 %, calculés en moyenne sur trois ans. Ces seuils sont des voyants, pas des infractions. Leur franchissement ouvre une analyse approfondie.

Sur la période 2022-2024, les Pays-Bas affichaient un excédent moyen de 8,1 % du PIB, au-dessus du seuil. L’Allemagne se situait à 5,2 %. Elle restait sous la limite malgré le poids considérable de son excédent en valeur absolue.

Le Conseil peut ouvrir une procédure corrective lorsqu’il juge un déséquilibre excessif et demander au pays concerné de présenter un plan d’action. Pour les États membres de la zone euro, le refus répété de soumettre un plan suffisant ou d’appliquer les mesures demandées peut conduire à un dépôt portant intérêt ou à une amende annuelle équivalant à 0,1 % du PIB.

Le volet coercitif de ce dispositif est resté lettre morte. En 2026, son mécanisme de sanction n’avait encore jamais été utilisé.

L’Allemagne révèle les limites de cette surveillance. En 2025, son excédent courant représentait environ 4,5 % du PIB, sous le seuil européen. Il atteignait pourtant 203 milliards d’euros, soit près des trois quarts de l’excédent de toute la zone euro.

Le seul pourcentage du PIB masque donc la portée du déséquilibre. Son montant, sa durée et son poids dans l’ensemble de la zone monétaire comptent également.

La puissance industrielle allemande constitue un atout pour l’Europe. Les 203 milliards d’euros d’excédent courant ne correspondent d’ailleurs pas à un transfert direct réalisé aux dépens de la France. Une large part des exportations allemandes part hors de la zone euro, tandis que leurs chaînes de production mobilisent de nombreux fournisseurs européens.

Cet excédent signifie toutefois que l’épargne allemande reste supérieure à l’investissement réalisé dans le pays. Davantage d’investissements publics et privés soutiendraient sa demande intérieure. Une partie bénéficierait aux producteurs étrangers, notamment européens.

L’ampleur de cet effet dépendrait du contenu en importations de la demande allemande et de la capacité des entreprises partenaires à y répondre. Le poids de l’Allemagne lui donnerait malgré tout une portée significative.

L’Europe détecte ainsi mieux les déséquilibres qu’elle ne les corrige. La pression financière s’exerce rapidement sur les pays déficitaires, tandis que les économies excédentaires peuvent accumuler durablement des créances sans être réellement contraintes d’agir.

Ce que la France peut faire — et défendre

Le partage de l’ajustement ne dispense pas la France de renforcer son appareil productif. Sa balance courante reste proche de l’équilibre grâce aux services, mais son déficit de marchandises révèle des dépendances industrielles et énergétiques.

Pour réduire ces dépendances sans comprimer le niveau de vie, la France doit investir dans la productivité, les compétences et les capacités de production.

Accroître le potentiel de production

Le potentiel de production désigne la quantité de biens et de services qu’une économie peut produire durablement avec ses équipements, sa population active, ses compétences et son niveau de productivité, sans provoquer de tensions généralisées sur les prix.

Ce potentiel n’est pas directement observable et son estimation varie selon les méthodes employées. En 2025, le FMI estimait l’écart entre la production effective de la France et son potentiel à –0,4 %. Il évaluait parallèlement la croissance de ce potentiel à seulement 0,8 %.

Ces deux indicateurs doivent être distingués. Le premier suggère que l’économie dispose globalement de peu de capacités immédiatement mobilisables. Le second montre que ses capacités progressent lentement. Une économie peut donc se trouver proche de son potentiel tout en produisant insuffisamment, lorsque ce potentiel lui-même demeure faible.

L’industrie présente cependant une situation contrastée. En octobre 2025, le taux d’utilisation des capacités de production atteignait 81 %, contre une moyenne historique de 83 %. Les usines françaises n’étaient donc pas toutes à leur maximum. Dans le même temps, 37 % des entreprises industrielles déclaraient ne plus pouvoir produire davantage avec leurs moyens existants si elles recevaient de nouvelles commandes.

Ces indicateurs ne sont pas directement comparables : l’écart de production porte sur l’ensemble de l’économie, tandis que le taux d’utilisation des capacités concerne l’industrie manufacturière. Ils font néanmoins apparaître une même réalité : des marges subsistent dans certaines entreprises alors que d’autres rencontrent déjà des goulots d’étranglement.

Une relance générale de la demande risquerait donc de bénéficier en partie aux importations ou d’alimenter certaines hausses de prix. Elle doit s’accompagner d’investissements dans les équipements, les compétences, l’énergie, les infrastructures et l’innovation.

L’identité entre épargne et investissement prend ici une portée concrète. En 2025, les ménages français ont réalisé 128 milliards d’euros de placements financiers : 75 milliards en produits de taux et 44 milliards en supports de fonds propres. Une part plus importante de ces nouveaux placements pourrait financer les entreprises qui innovent et industrialisent en France.

Politique sociale et politique industrielle se complètent. Des revenus décents soutiennent la demande; une offre nationale plus forte permet à cette demande de bénéficier davantage à l’économie française.

Porter le rééquilibrage à l’échelle européenne

À Bruxelles, la France peut porter trois propositions.

D’abord, compléter le seuil de 6 % du PIB par des critères tenant compte du montant des excédents, de leur persistance et de leur poids dans l’ensemble de la zone euro.

Ensuite, demander aux économies excédentaires des engagements adaptés à l’origine de leur surplus, principalement en matière d’investissement, de salaires et de demande intérieure.

Enfin, financer des investissements européens communs dans l’énergie, les transports, les technologies, la défense et la décarbonation.

Le paradoxe est frappant. En 2025, l’Union européenne a dégagé un excédent courant d’environ 365 milliards d’euros, dont 276 milliards pour la zone euro. Dans le même temps, le rapport Draghi estime que l’Union doit mobiliser au moins 750 à 800 milliards d’euros d’investissements supplémentaires chaque année, soit 4,4 à 4,7 % de son PIB de 2023.

L’Europe dispose d’une épargne abondante, mais une partie est placée dans le reste du monde alors que ses propres besoins restent immenses. Mieux orienter cette épargne vers les capacités productives, les infrastructures et les technologies du continent contribuerait à relever son potentiel de production, à renforcer sa compétitivité et à réduire ses déséquilibres internes.

Des nations aux territoires : le rôle d’INES

Les grandes politiques industrielles ne suffiront pas à reconstruire l’appareil productif. Dans chaque territoire, les entreprises doivent également trouver des clients, des fournisseurs et les moyens de financer leurs échanges.

Un écosystème comme INES rapproche la demande des entreprises et l’offre disponible localement. Il facilite aussi la circulation des échanges entre clients et fournisseurs.

Les unités de compte locales instaurent une frontière fonctionnelle : leur périmètre d’acceptation et leurs règles de reconversion rendent la valeur plus facile à réemployer au sein du réseau qu’à en sortir. Sans interdire les achats extérieurs, elles peuvent orienter une partie de la demande vers l’offre locale lorsqu’elle existe et limiter les fuites de pouvoir d’achat hors du territoire.

Cette relocalisation améliore la balance commerciale nationale lorsqu’un produit ou un service français remplace effectivement une importation étrangère. Dans les autres cas, elle contribue malgré tout à densifier les réseaux de fournisseurs, à sécuriser des débouchés et à améliorer la trésorerie des entreprises locales.

Un marché territorial plus solide donne ainsi aux entreprises de meilleures bases pour investir, accroître leur production et vendre ensuite au-delà de leur territoire, y compris à l’étranger.

Rééquilibrer sans appauvrir

Les déséquilibres extérieurs deviennent dangereux lorsqu’ils concentrent durablement les capacités productives, les créances et les dettes dans les mêmes économies, puis imposent une correction socialement ou politiquement brutale.

La France doit relever son potentiel de production. Les pays excédentaires doivent, de leur côté, transformer davantage leur épargne en consommation et en investissements intérieurs. Dans la zone euro, où les monnaies nationales ne peuvent plus corriger les divergences, ce partage de l’ajustement devient une condition de stabilité.

L’esprit du bancor et de la Charte de La Havane demeure ainsi actuel : le commerce et la monnaie tirent leur légitimité de leur capacité à soutenir une prospérité réellement partagée.

Max Eyeghe Économiste et fondateur d’INES

Déficit commercialFrance 2027EuropeInvestissementProduction localeINES

Sources principales